Jun 5

Panorama des cancers en France 2024

Panorama des cancers en France – Édition 2024 : Les chiffres clés et les enjeux

L'Institut national du cancer (INCa) a publié la quatrième édition de son "Panorama des cancers en France", une synthèse des données récentes et fiables sur cette pathologie. Ce document vise à informer le grand public, les professionnels et à éclairer les décideurs.

Chiffres généraux alarmants mais des progrès notables

En 2023, on estime à 433 136 le nombre de nouveaux cas de cancers en France, dont 57% chez les hommes et 43% chez les femmes.1 L'âge médian au diagnostic est de 70 ans pour les hommes et 68 ans pour les femmes. Les cancers représentent la première cause de décès chez l'homme et la deuxième chez la femme. En 2021, 162 400 décès par cancer ont été enregistrés, 56% concernant les hommes et 44% les femmes.

L'augmentation du nombre de cas depuis 1990 (près du double) s'explique principalement par l'évolution démographique (accroissement et vieillissement de la population) et secondairement par une augmentation du risque de cancers.

Malgré ces chiffres, des progrès significatifs sont observés :

  • La survie nette standardisée à 5 ans s'améliore pour de nombreux cancers grâce aux avancées de la recherche. Par exemple, elle est de 93% pour le cancer de la prostate et le mélanome cutané, et de 88% pour le cancer du sein (données 2010-2015).
  • Le taux de mortalité standardisé (TSM) a diminué entre 2011 et 2021 de 2,1% par an chez les hommes et de 0,6% par an chez les femmes, grâce à des diagnostics plus précoces et des avancées thérapeutiques.

Tendances préoccupantes pour certains cancers

Chez les femmes, l'incidence du cancer du poumon (+4,3% par an entre 2010 et 2023) et du cancer du pancréas montre une augmentation préoccupante.

Focus sur les principaux cancers

CancerNouveaux cas (2023)Décès (2021)TSM d'incidence (H/F, évolution 2010-2023)TSM de mortalité (H/F, évolution 2011-2021)Âge médian au diagnostic (H/F)Survie nette à 5 ans (2010-2015)Principaux facteurs de risque
Poumon52 77730 400-0,5% / +4,3%-3,1% / +0,5%68 / 66 ans20% (18% H / 24% F)Tabagisme actif et passif, expositions professionnelles, pollutions environnementales, antécédents.
Sein61 214 (F)12 600 (F)+0,3% (F)-1,3% (F)64 ans (F)88% (F)Âge (>50 ans), antécédents, consommation d'alcool et tabac, surpoids, certains traitements hormonaux, prédispositions génétiques, ne pas avoir allaité.
Prostate59 885 (H, 2018)9 200 (H)-1,1% (H, 2010-2018)-2,4% (H)64 ans (H)93% (H)Antécédents familiaux, prédispositions génétiques (population afro-antillaise).
Colorectal47 58217 000-0,5% / +0,4%-2,3% / -1,8%71 / 72 ans63% (62% H / 65% F)Âge, habitudes de vie (alcool, tabac, alimentation, surpoids, inactivité), polypes, antécédents, syndrome de Lynch, polypose adénomateuse familiale, maladies inflammatoires.
Pancréas15 99112 700+1,6% / +2,1%+0,6% / -2,9%71 / 74 ans11%Tabagisme, surpoids et obésité, prédispositions génétiques.
Foie11 6588 7000% / +2,2%-1,5% / +0,1%70 / 73 ans18% (18% H / 19% F)Consommation d'alcool, tabagisme, hépatites B et C, hémochromatose, stéatose hépatique, surpoids, sédentarité.
Mélanome cutané17 9221 920+2% / +2%- / -0,4%68 / 62 ans93% (91% H / 94% F)Exposition au soleil/UV artificiels, coups de soleil (enfance), sensibilité peau, nombre élevé de grains de beauté, antécédents, immunodépression.
Col de l'utérus3 159 (F)770 (F)-0,1% (F)-1,2% (F)55 ans (F)63% (F)Papillomavirus humains (HPV), rapports sexuels précoces, multiplicité partenaires, multiparité, tabagisme, contraception orale (pilule œstroprogestative), immunosuppression (VIH).
Ovaire5 348 (F)3 400 (F)- (non spécifié) / -2,3%- (non spécifié) / - (non spécifié)70 ans (F)43% (F)Antécédents personnels et familiaux, nulliparité, surpoids ou obésité, règles précoces, ménopause tardive, âge. Certains facteurs sont protecteurs : contraception orale, grossesse, ligature/ablation des trompes.

Pour le cancer de la prostate, les dernières données d'incidence disponibles datent de 2018.

Cancers pédiatriques

Entre 2014 et 2020, 1 817 nouveaux cas par an ont été recensés chez les enfants de 0 à 14 ans. Les leucémies (28%), les tumeurs du système nerveux central (26%) et les lymphomes (10%) sont les plus fréquents. Le taux de survie à 5 ans pour les enfants diagnostiqués entre 2000 et 2016 est de 83%. Chez les adolescents (15-17 ans), 443 nouveaux cas par an sont enregistrés (2014-2020), avec principalement des lymphomes (29%), des tumeurs du système nerveux central (17%) et des leucémies (15%).

Prévention et Dépistage : des leviers majeurs

Près de la moitié des cancers pourraient être évités en agissant sur des facteurs de risque externes. Les quatre principaux sont :

  • Tabac : responsable de 19,8% des cancers.
  • Alcool : responsable de 8% des cancers.
  • Alimentation déséquilibrée et Surpoids/Obésité : responsables respectivement de 5,4% des cancers.

La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) est un moyen sûr et efficace de prévenir jusqu'à 90% des infections HPV à l'origine de cancers. Plus de 6 400 cancers par an sont dus aux HPV en France, touchant majoritairement les femmes mais aussi plus d'un quart des hommes. Malgré une augmentation récente, la couverture vaccinale reste insuffisante (44,7% des filles de 16 ans et 15,8% des garçons en 2023).

Concernant les dépistages organisés :

  • Cancer du col de l'utérus (femmes 25-65 ans) : participation de 59,7% (2019-2021). L'intégration de l'autoprélèvement vaginal est attendue pour augmenter ce taux.
  • Cancer du sein (femmes 50-74 ans) : participation de 46,5% (2022-2023), en baisse.
  • Cancer colorectal (personnes 50-74 ans) : participation de 34,2% (2022-2023), jugée très insuffisante malgré une légère hausse. De nouvelles modalités d'accès aux kits visent à améliorer ce chiffre.

Un programme pilote de dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique faible dose pour les fumeurs et anciens fumeurs est envisagé.

Les Soins et la Recherche

En 2022, les dépenses hospitalières liées aux cancers se sont élevées à 6,4 milliards d'euros. Les traitements principaux restent la chirurgie (418 342 personnes traitées), la chimiothérapie (372 348) et la radiothérapie (130 062 en secteur public, 115 160 en secteur libéral). Les immunothérapies spécifiques gagnent du terrain.

Un enjeu important est le retour à l'emploi après un cancer, difficile pour de nombreuses personnes (1 personne sur 5 a perdu son emploi cinq ans après le diagnostic).

La recherche en cancérologie pédiatrique se structure, notamment via la labellisation de Centres de recherche intégrée d'excellence.

Conclusion

Le Panorama 2024 souligne la nécessité d'une mobilisation continue dans la lutte contre les cancers, en renforçant la prévention, le dépistage, l'accès à des soins innovants et en améliorant la qualité de vie des patients.

Source : INCa - 2024

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